Ma tête dans le journal : interview avec Nor Haratch

Ma tête dans le journal : interview avec Nor Haratch

Dans son numéro du jeudi 15 décembre 2016, le journal franco-arménien Nor Haratch a publié notre long entretien dans lequel je parle en détail de mon activité de biographe et de mon parcours.

Vous pouvez lire l’article dans sa version complète en cliquant ici : L’Epice des Mots dans Nor Haratch

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Merci mille fois à eux de m’avoir laissé tout cet espace pour parler de cette magnifique profession !

 

Comment je suis devenue biographe

Comment je suis devenue biographe

C’est une question qu’on me pose souvent : comment es-tu devenue biographe ? Comment en es-tu arrivée à faire ce métier dont on entend peu parler ? Qu’est-ce qui te pousse à la faire ?


Et puisque je le fais pour mettre en mots la vie des autres, il n’y a pas de raison que je ne me dévoile pas aussi un peu.


Je ne commencerai pas par dire que l’écriture a toujours été ma passion, parce que ça fait un peu cliché.


Même si c’est vrai.


Même si je me souviens très bien, par exemple, que j’avais six ans quand j’ai écrit ma toute première nouvelle et qu’elle racontait l’histoire d’un héron volant le poisson d’un autre héron. Même si, encore aujourd’hui, en parallèle de cette activité de biographe, j’écris des nouvelles, des textes pour le théâtre, etc.


Il y a encore quelques années, je travaillais dans la communication, dans le secteur culturel. En 2013, j’étais chargée de communication pour un réseau européen de centres culturels indépendants basé en Suède. Un été, alors que nous étions en Italie pour quelques jours d’ateliers de développement professionnel, j’ai du répondre à deux questions : « Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais petite ? » et « Dans quoi aimerais-tu investir plus de temps ? » Aux deux questions, ma réponse fut : « Raconter des histoires. »


J’ai continué mon chemin, je suis rentrée en France. Quelque part au fond de moi, je sentais que je voulais changer quelque chose dans ma vie. Alors, j’ai quitté le monde de la communication et j’ai décidé de commencer par être l’auteure de ma propre histoire.


J’avais depuis longtemps le projet d’écrire la biographie de mes grands-parents. Tous deux sont des Arméniens nés en Turquie qui ont fui le pays avec mon père dans les années 60 pour arriver ici, en France. Mais entre les études, le travail, je ne trouvais jamais le temps. Alors, l’espace de quelques mois, j’ai créé cette parenthèse.

Pendant plusieurs semaines, je me suis rendue chez mes grands-parents avec un petit enregistreur et je les ai écoutés. J’ai posé toutes les questions auxquelles je n’avais jamais eu de réponses. J’ai découvert des moments de leur vie que je ne connaissais pas. Et j’ai vécu avec eux d’incroyables moments de complicité.


Et puis, j’ai écrit. Et lorsque le livre a enfin été terminé, que le reste de la famille a pu le lire, j’ai reçu des messages… des proches me remerciant d’avoir exprimé des choses qu’ils n’arrivaient pas à mettre en mots auparavant, d’avoir fait un travail qui leur permettait de transmettre l’histoire des Arméniens de diaspora à leurs enfants, leurs petits-enfants, de les avoir, parfois, libéré d’un poids du passé qui pesait sur leurs épaules. L’émotion que suscitait ce livre était intense et semblait resserrer des liens au sein de notre famille.


Quand ce livre a été terminé, j’ai décidé de continuer mon chemin. Fouiller ce passé avait parfois été émotionnellement lourd pour moi et je voulais m’accorder un peu de temps. J’ai pris mon sac à dos et je suis partie vadrouiller en Asie du Sud Est pendant six mois. Tout au long de mon parcours, j’ai rencontré des personnes formidables avec des destins et des vies merveilleuses que j’aurais voulu consigner, à nouveau, avec mon enregistreur. Et lorsque je racontais mon parcours, beaucoup d’entre elles me disaient leurs regrets de ne pas avoir pu conserver la mémoire de leur famille. De ne pas avoir eu le temps de le faire avant que leurs proches ne disparaissent.


Alors, je me suis dit : pourquoi ne pas continuer ? Pourquoi ne pas prêter ma plume et mon temps à d’autres familles, pour qu’elles aussi puissent vivre cette expérience ?

A mon retour, j’ai eu la chance de rencontrer Pierre Nozière et Les Compagnons Biographes : j’ai réalisé qu’il était possible de faire ce métier. Que d’autres le faisaient déjà. J’ai fait avec eux une formation très complète sur la réalité de cette activité et je me suis lancée.


On dit souvent que, lorsque l’on trouve sa « mission de vie », tout paraît fluide. Je n’y croyais pas vraiment, avant. Avant de m’installer comme biographe et de me rendre compte que les doutes que je pouvais avoir, parfois, sur mes compétences professionnelles se sont envolés. De voir que les portes s’ouvrent sans devoir s’acharner sur la poignée. Aujourd’hui, accompagner des personnes ou des familles sur ce chemin de l’introspection qui mène vers la transmission, me remplit de bonheur. Commencer cette démarche, pour soi-même ou pour ses proches, est un acte de grande générosité et de profonde humanité. Et accompagner, faire éclore ce besoin de tisser ou retisser des liens me semble être, aujourd’hui, l’un des plus beaux métiers du monde.