C’est la conversation qui revient maintenant à chaque repas de famille : « Est-ce que l’intelligence artificielle peut faire ton métier à ta place ? ». Que l’on soit pour ou contre, l’IA nous amène forcément à nous questionner sur notre activité. Un questionnement qui peut nous aider à nous recentrer sur ce qui fait le cœur de notre métier et qui revient à se demander : que savons-nous faire, nous, les humains, que l’IA ne pourra jamais faire ?
Intelligence artificielle vs intelligence humaine
C’est un fait : l’IA est là. Et à moins que l’on ne mette au point une machine à voyager dans le temps ou de vivre coupé des autres, il sera impossible d’y échapper. Chez les biographes aussi, le débat fait rage entre ceux qui y voient une opportunité et ceux qui craignent qu’elle ne les fasse disparaître. Oui, l’IA peut nous aider à être plus efficaces sur certaines tâches, comme la retranscription ou les corrections. Et oui aussi, celle-ci pose un certain nombre de questions éthiques : impact sur l’environnement, protection de la vie privée, etc.
Mais l’IA m’amène surtout à me poser une question : qu’est-ce qui, dans mon intelligence humaine, n’a rien d’artificiel ?
Travailler avec un.e biographe, c’est participer au récit !
La réponse est pour moi évidente. L’IA ne pourra jamais remplacer la présence, l’écoute et le temps de la relation. Raconter sa vie à un ou une biographe, ce n’est pas seulement énoncer des faits et attendre que l’autre les retranscrive : c’est aussi croire que la relation que nous allons tisser ensemble permettra d’approfondir le regard que l’on porte sur sa vie. La participation active de celui ou celle qui se raconte est requise ! Le biographe est aussi le témoin de tout ce qui se transmet dans le non verbal, dans le subtil, dans l’émotion pure, tout ce qu’un ordinateur, si intelligent soit-il, ne sera jamais capable de capter.
En entretien, l’importance du non verbal.
Lors de notre dernier entretien, Monique avait décidé de me montrer la vidéo de son mariage. Au bout d’une demi-heure, voyant le temps qui passait, j’ai voulu l’inciter à revenir à notre récit. Monique n’a pas vraiment écouté alors je n’ai pas insisté et je l’ai regardée, elle, tout autant que la vidéo. Dans son sourire, dans les rires qui éclataient, dans son regard plein de tendresse posé sur ces souvenirs, il y avait une inestimable matière pour venir enrichir le livre que nous étions en train d’écrire. Aucune IA ne pourra jamais remplacer ces moments-là.
Prendre le temps… naturellement.
Nous vivons une époque où la majeure partie de nos choix sont soumis à des critères d’efficacité, de productivité, l’envie de « gagner du temps ». L’IA vient répondre à ces besoins, parfois justifiés. Mais écrire sa vie et en faire un récit est une expérience transformatrice à condition qu’on lui laisse le temps – le temps d’un développement naturel très simple qui dit que la carotte ne poussera pas plus vite si on tire dessus.
Article paru sur le site des Compagnons Biographes
